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La douloureuse actualité de ces dernières semaines nous laisse à tous un profond sentiment d’écœurement, d’incompréhension et parfois de peur. Peur pour soi, pour notre sécurité, pour celle de notre famille et de nos proches ; craintes également des réponses politiques qui sont ou seront apportées pour lutter contre le cancer du terrorisme. Comme vous tous, nous mesurons notre responsabilité. Les dérèglements du monde appellent un véritable sursaut de conscience.

L’état d’urgence sécuritaire ne doit cependant pas détourner notre attention du défi écologiste. Climat, pétrole, conflits armés, inégalités terrorisme ne sont d’ailleurs que les facettes diverses de crises étroitement imbriquées.

A l’heure des négociations en cours à Paris à l’occasion de la COP 21 rappelons qu’en 2014 l’Union européenne était dépendante de pays tiers pour 53% de l’énergie qu’elle consommait, dont 90% de pétrole brut, 66% de gaz naturel et 42% de combustibles solides comme le charbon. La facture énergétique de l’Europe s’élevait, en 2013, à 400 milliards d’euros. La Belgique à elle seule dépensait 18 milliards d’euros en importations énergétiques.

Or, l’enjeu des ressources et de notre dépendance à leur égard est au coeur des crises mondiales actuelles. Pour les écologistes, la transition énergétique offre à la Belgique et à l’Union européenne les moyens d’une politique étrangère ambitieuse au service de la paix, de la démocratie et des droits humains.

Une dépendance énergétique qui impose le silence diplomatique

Actuellement, nous sommes les prisonniers d’un étau énergétique qui, quand il s’agit des grands producteurs d’énergies fossiles, compromet toute politique étrangère fondée sur la promotion de la paix, de la démocratie et des droits humains.

L’exemple de l’Arabie Saoudite est particulièrement éclairant de ce point de vue. Voilà un pays dans lequel la rente pétrolière ne profite qu’à une caste dont certains particuliers sont des mécènes du terrorisme et du djihadisme. Un pays farouchement anti-démocratique qui opprime sa population et piétine les libertés les plus élémentaires. Un pays qui mène une politique de voisinage agressive et destructrice, productrice de violence à grande échelle. C’est avec ce même pays que nous, Belges et Européens, entretenons une relation « privilégiée » contre tout ce qui fait nos valeurs et nos idéaux, et nos intérêts de long-terme. Aujourd’hui près de 10 % du pétrole consommé en Europe provient d’Arabie Saoudite. Ainsi, une diminution drastique de notre consommation pétrolière augurerait à elle seule d’une nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient. Chaque baril en moins est un pas vers plus de démocratie, de paix et de droits humains. Et ce qui vaut pour l’Arabie Saoudite vaut également pour les autres pétro-monarchies du Golfe, la Russie et l’Iran, notamment.

Il s’agit, ni plus ni moins, pour l’Europe, de se redonner des marges d’action pour peser dans la résolution des conflits dans le monde dans lesquels ces acteurs jouent, le plus souvent pour le pire, des rôles de premier plan. Comment ? En nous libérant des énergies fossiles.

Nous libérer des énergies fossiles pour incarner nos valeurs

Dans ce contexte, les investissements dans les énergies renouvelables, les économies d’énergie et l’efficacité énergétique deviennent des axes majeurs de notre politique étrangère. Une telle stratégie de libération des énergies fossiles nous donnerait les moyens d’assumer une politique étrangère conséquente qui, tant dans les mots que dans les actes, soutiendrait la paix, la sécurité internationale et le respect des droits humains.

Nous savions que la transition énergétique est nécessaire pour préserver notre planète et permettre aux générations futures d’y vivre.

Nous savions que cette transition énergétique offre des dividendes économiques et sociales, en terme d’emplois et de lutte contre la pauvreté.

Nous savons désormais que les dividendes de la transition énergétique sont aussi géopolitiques. Pour la Belgique comme pour l’Union européenne, le chemin de la neutralité carbone est une opportunité extraordinaire pour redonner de l’éclat aux valeurs humanistes et démocratiques et rehausser la dignité de notre politique étrangère en la réconciliant avec ces valeurs.

Il ne nous reste, dès lors, qu’à parcourir le chemin de la transition énergétique le plus rapidement possible pour la paix, la démocratie et les droits humains, mais aussi pour l’idée que nous nous faisons de nous mêmes et de notre place dans le monde.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

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