OCIHO30

Les meilleures idées sont souvent les plus simples. La règle vaut également en économie, où on assiste aujourd’hui à une véritable révolution des pratiques. Avec l’explosion des plateformes web, partager, louer ou donner est devenu une pratique courante. Jusqu’à menacer le modèle capitaliste de la propriété privée ? Enquête dans le monde foisonnant de l’économie du partage.

En Belgique, en moyenne, une voiture reste inutilisée 95% de son temps. Et pourtant, chacune de ces secondes a un coût, que ce soit en terme d’espace public utilisé ou de frais liés à la voiture elle-même (assurances, taxes, remboursement). Imaginez maintenant que vous décidiez de louer votre voiture quand vous n’en avez pas besoin. Bienvenue dans le monde de l’économie du partage !

L’économie du partage se base sur la mise en commun des biens et des ressources. Elle constitue une alternative à la propriété privée et exclusive (capitalisme) autant qu’à la propriété étatique (communisme). Le plus célèbre exemple, c’est très certainement l’encyclopédie Wikipédia.

Un modèle à soutenir

Comme pour toute idée prometteuse en expansion, les prédateurs ne sont cependant jamais bien loin… Il est donc nécessaire de soutenir l’émergence de cette nouvelle économie. Transformer son idée en projet économique, c’est en soi une belle prise de risque. Elle nécessite à la fois que les créateurs et les inventeurs deviennent des entrepreneurs. Il faut donc leur laisser le temps et l’esprit suffisamment libre afin qu’ils puissent se concentrer sur leur processus d’innovation, sans se faire envahir par les contraintes administratives et financières. « C’est sur cette base qu’une de nos propositions phares est la mise en place d’un statut simplifié pour les entrepreneurs et les indépendants, afin de leur faciliter la vie et de les aider à oser et à agir », analyse le député fédéral Ecolo en charge des questions économiques, Gilles Vanden Burre. Par ailleurs, une autre difficulté identifiée est le financement. « C’est souvent ce qui empêche les innovateurs de passer des idées aux actes et c’est donc un risque majeur dans le développement de l’économie du partage », poursuit le député écologiste.

« Il faut leur laisser le temps et l’esprit suffisamment libre afin qu’ils puissent se concentrer sur leur processus d’innovation. »

Une des pistes les plus souvent avancées consiste à soutenir les citoyens souhaitant investir dans les initiatives locales. « On assiste à une explosion des plate-formes de financement ouvertes à tous les investisseurs et qui se positionnent comme des sources de financement alternatives aux investissements classiques. Il faut donc encourager et sécuriser l’investissement citoyen, notamment via une garantie publique aux citoyens qui investissent par le biais de plateformes de crowdfunding. Mobiliser l’épargne publique est fondamental pour l’ancrage de notre économie ! », suggère Gilles Vanden Burre.

L’économie du partage est-elle LA solution à la crise économique actuelle ?

L’émergence de ces nouvelles formes économiques constitue une réelle opportunité en vue d’accélérer la transition vers un modèle plus durable et respectueux de notre environnement . « Le modèle est en effet très prometteur, sur le papier comme dans les faits, mais de là à faire vaciller le capitalisme traditionnel, il y a un pas que je me garderai bien de franchir à ce stade », tempère Michel Genet, Directeur d’Etopia.

« L’économie du partage pourra contribuer à un changement de paradigme si le rapport au profit est réellement modifié dans un sens de justice et de durabilité plutôt que de devenir un nouveau déguisement du capitalisme », poursuit Michel Genet. La question reste donc ouverte à ce stade.

Génératrice d’une nouvelle vision du développement, l’économie du partage a des arguments solides pour bousculer le dogme de l’ultralibéralisme. Mais pour y parvenir, sans doute devra-t-elle trouver le moyen d’échapper à sa récupération dans les circuits de l’économie classique, ce qui constitue son principal défi à venir.

ECOLO a organisé un Ecolab sur la question de la nouvelle économie, en privilégiant une approche bienveillante d’encouragement et d’accompagnement de ces nouveaux entrepreneurs. L’objectif : co-construire avec les acteurs de terrain des mesures adéquates répondant à des problèmes précis.

www.ecolo.be/timetoshare


Energiris : partager la transition énergétique !

Fondée il y a bientôt trois ans, Energiris réinvestit l’épargne privée dans de grands projets d’énergie renouvelable ou d’économie d’énergie. À ce jour, plus de 250 personnes composent la coopérative Energiris, qui est impliquée dans 17 pr ojets pour un montant total de 2,3 millions d’euros.

Des communes ou entreprises ont partagé leur toit pour y mettre du photovoltaïque financé par les coopérateurs, des copropriétés ont partagé leur chaufferie pour y mettre la cogénération…

Les coopérateurs reçoivent un dividende sur la part investie. L’an dernier, ce dividende s’est élevé à 3%. Un bel exemple win-win où les citoyens se retrouvent coopér’acteurs de la transition énergétique, en partageant les investissements à réaliser, mais également ses retombées financières.


BEES coop : un supermarché à se partager !

C’est à New York qu’a vu le jour le premier super marché coopératif et participatif. D’une superficie de 1000 m2, il compte 16 000 coopérateurs, qui participent activement à son fonctionnement en y consacrant 2,45 heures de travail par mois. En échange de ce travail, ils peuvent acheter des produits variés et de qualité à un prix relativement bas.

Des jeunes Bruxellois se sont inspirés de ce modèle et ont lancé en septembre 2014 le projet BEES coop, qui rassemble depuis lors plus de 830 coopérateurs. En attendant l’ouverture du supermarché , en été 2017, ils ont ouvert le Labomarket. Ce laboratoire du projet est ouvert 4 jours par semaine, offre près de 300 produits et permet de former les membres.

Chaque coopérateur, en souscrivant une ou des parts, devient propriétaire de la coopérative et décide de l’organisation et des orientations de son supermarché. Il s’engage à travailler 3 heures par mois au sein du supermarché. La majorité des tâches sont effectuées par les membres, permettant de réduire les coûts et de construire une dynamique coopérative.

Le magasin est ouvert uniquement aux coopérateurs. Le supermarché BEES coop proposera l’essentiel des produits alimentaires, d’entretien et d’hygiène de haute qualité à des prix réduits.

www.bees-coop.be

Et vous, qu'en pensez-vous ?

commentaires