INTERVIEW

Professeur de droit à l’Université Libre de Bruxelles et à l’Université de Mons, la constitutionnaliste Anne-Emmanuelle Bourgaux voit dans la crise démocratique actuelle le résultat d’un long processus remontant à la naissance même de notre système représentatif.

On parle de nécessité de réinventer la démocratie, l’objectif n’est-il pas trop ambitieux ?

Réinventer la démocratie, c’est penser pour l’avenir. On le voit, il y a un besoin de débats, un besoin de pratiques démocratiques nouvelles. Il y a dans cette revendication qui s’exprime de plus en plus une source d’énergies alternatives et extraordinaires pour penser le politique et dont il est absolument capital qu’on se saisisse en Belgique.
Les gens ont des idées, les gens ont envie de penser la démocratie, les gens ont envie de la pratiquer. Il faut pouvoir utiliser ce vivier de bonnes idées, de bonnes énergies et de bonnes pratiques.

Quel est le rôle du politique là dedans ?

Le rôle du politique, c’est de ne pas voir ces forces comme antagoniques à lui et au contraire de se nourrir et de se réchauffer à ces nouvelles idées, à ces nouvelles pratiques. Je le répète tous les jours. Il n’y a pas un modèle qui s’oppose. Il n’y a pas les citoyens d’un côté et les élus de l’autre. Ce ne sont pas des forces contradictoires dans un système qui s’oppose. C’est au contraire une relation et une dynamique à réinventer. Les élus doivent se réchauffer auprès des électeurs. Les élus doivent se ressourcer auprès des électeurs.

Les citoyens expriment-ils l’envie de participer ?

Quand les électeurs seront plus entendus, quand ils verront que leurs idées sont relayées, que le système s’ouvre à eux, qu’ils ont une place dans ce système, notre démocratie va fonctionner beaucoup mieux qu’elle ne fonctionne maintenant, et on sait tous à quel point elle en a grand besoin.

Les partis politiques sont souvent pointés du doigt aujourd’hui. Sont-ils devenus un frein à l’épanouissement démocratique de nos sociétés ?

L’histoire constitutionnelle montre que les partis politiques ont toujours joué un rôle central dans la démocratie belge. La démocratie ne peut pas se passer de partis politiques. La question n’est pas de savoir s’il faut des partis politiques. Il faut des partis politiques. La question est de savoir comment interviennent ces partis politiques et avec quelle qualité de démocratie interne. Renforcer la démocratie interne des partis politiques, c’est renforcer la démocratie belge.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

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