Roubaix, élections municipales de 2014: la liste citoyenne, qui fusionnera avec la liste de centre-droit, défend son projet idéal, celui de faire de la ville une « ville Zéro déchet ».

Comment vous est venue cette idée de faire de Roubaix une « ville Zéro déchet » ?

Répondre aux enjeux de propreté dans notre ville était l’un des thèmes forts de la campagne menée en 2014. On a décidé de prendre le problème à l’envers: plutôt que de chercher des solutions pour traiter plus de déchets ou nettoyer davantage, on s’est attaqué à la source du problème: les déchets trop nombreux.

Vouloir supprimer les déchets à l’échelle d’une ville, c’est ambitieux…

C’est vrai! Mais tout est possible si on s’y met tous, si on interroge et qu’on modifie tous nos comportements. Dès le départ, on a voulu inclure tous les acteurs de la ville: citoyens, entreprises, administrations, commerçants,… Ce qui est également très important, c’est de présenter le projet positivement, pas du tout comme une contrainte.

Quelle a été la première étape?

On s’est rendu compte que le bon point de départ, c’étaient les familles. Nous avons donc lancé une première action en 2015, avec un appel aux familles volontaires de participer à un défi de réduction des déchets de 50 % en un an. C’est la première fois qu’une expérience de réduction des déchets s’inscrivait dans une durée si longue. C’est important pour ancrer de nouvelles habitudes.

100 familles se sont ainsi engagées à tenter l’expérience. Nous leur avons fourni de quoi peser leurs déchets, afin de leur faire prendre conscience du volume qu’ils jetaient. Ensuite, nous organisons des ateliers sur 14 thématiques différentes qu’elles choisissent librement. L’important, c’est de commencer quelque part, là où c’est le plus confortable. Le reste suit naturellement. Les gens me disent souvent qu’ils ont l’impression de n’avoir rien changé à leur quotidien. Alors que les faits montrent qu’ils ont en moyenne réduit leurs déchets de 50 % sur l’année.

Vous diriez que le mouvement Zéro déchet est en plein essor?

En trois ans, ce sont 1000 habitants, sur une ville de 100.000, qui s’y sont mises. On constate un réel engouement populaire: les familles en parlent autour d’elles, au travail, à leurs amis, dans les écoles; d’autres organisent des ‘soirées Zéro déchets’ pour partager leurs expériences, et leurs trucs et astuces. On considère qu’il y a actuellement environ 10 % de la population de Roubaix qui est touchée de près ou de loin, c’est très inspirant et motivant. En partant des familles, c’est maintenant tout un mouvement qui s’est lancé. Des commerces de produits en vrac se sont par exemple lancés, tandis que d’autres ont adapté leur offre. On atteindra bientôt 6 % des commerçants qui auront le label Zéro déchet. 20 % des écoles se sont déjà engagées dans la réduction de leurs déchets et nous constatons que les entreprises sont demandeuses. Les initiatives se multiplient aussi dans les villes voisines et nous sommes régulièrement sollicités pour soutenir des initiatives qui se développent ailleurs en France ou en Belgique.

Le Zéro déchet, c’est un projet environnemental mais pas seulement…

C’est en effet bien plus qu’un projet environnemental. Nous avons des retours d’expériences très positifs en ce qui concerne le pouvoir d’achat, notamment auprès de familles précarisées qui arrivent désormais à boucler leurs fins de mois. C’est également un projet qui impacte positivement l’alimentation et la santé, qui soutient la biodiversité grâce au compostage, qui favorise l’économie circulaire, qui permet de développer une agriculture urbaine… Mais surtout, ce qui est frappant, c’est la fierté qui émane des participants. Les gens sont fiers de reconquérir leur consommation, d’agir sur leur environnement immédiat, d’arriver à faire eux-mêmes leurs produits du quotidien… Partout, et pas seulement à Roubaix, lorsque nous rencontrons les personnes qui agissent en ce sens, nous ressentons leur fierté. Et alors notre engagement politique prend également tout son sens.

 

Pour en savoir plus écoutez Alexandre Garcin :

Et vous, qu'en pensez-vous ?

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